L’épique épopée du Hip Hop.

L’épique épopée du Hip Hop.

Chapitre 2 : De la salle des fêtes aux sommets des charts.


Le Hip Hop musique sortie des quartiers pauvres new yorkais exige paradoxalement un matériel extrèment honéreux pour la pratiquer: platines enceintes et micros.
Ainsi il n’est exercé que par une minorité,en comptant la sainte trinité du rap présentée dans le chapitre précédent : Kool Herc, Afrika Bambaataa et GranMaster Flash, ils ne sont pas une dizaine de pratiquant avant 1977.
Mais un évènement de l’été 1977 va produire une explosion du nombre de groupes de rap.

13 juillet 1977 le Blackout

Depuis ce début d’été 1977 la canicule frappe à New York, la ville (surtout les jeunes filles) est terrorisée
par le tristement célèbre serial killer le fils de Sam. Ce 13 juillet c’est une autre terreur qui va s’abattre sur la cité. Un orage éclate en fin de soirée et la foudre va provoquer une panne d’électricité géante privant de lumiére plusieurs millions de new yorkais pendant 24 heures.
Certains feront la fête dans les rues aux lumières des phares des voitures, pour d’autres c’est noël en juillet.

Magasin saccagé en 1977.

3 700 personnes sous les verrous, 550 policiers blessés, 1037 incendies, 1 616 boutiques saccagées et parmis les boutuques pillées, on retrouve de nombreux magasins d’équipement électronique où on trouve la fameuse platine du DJ.
Et après cette nuit les groupes de Hip Hop vont se multiplier, les fêtes hip hop dans les parcs vont s’improviser et même des mini évènements dans les clubs où des groupes se battent au son de l’applaudimètre vont s’organiser : les battles de rap sont nées.

Les battles.

Dans les boites du bronx et d’Harlem, plusieurs centaines de personnes viennent voir des groupes de rap qui s’affrontent grâce au rythme qu’ils jouent, aux rimes qu’ils enchainent et aux sapes qu’ils portent.
L’une des plus mythique aura lieu, le 3 juillet 1981 au Harlem World une boite de Harlem,

Le programme de la Battle de 1981.

les Cold Crush Brother affrontent les Fantastic Romantic Five, ces derniers remportent le combat.Dès le lendemain, des casettes de l’enregistrement se vendront comme des petits pains dans les rue d’Harlem et du Bronx, ces enregistrements pirates sont les seuls témoins des oeuvres à l’instar de quelques pionners du Jazz qui ne jouaient qu’en concert et furent jamais gravé sur du vynil pour certains pionners du rap, le rap doit rester underground, dans les fêtes ou les battles, pourtant 2 ans avant cette battle mythique une chanson rap a été enregistrée et a même battu des records de vente : Rappers Delight.




Rappers Delight premier enregistrement rap de l’histoire.

L’histoire du premier enregistrement hip hop est surtout une histoire de producteurs.
Ou plus exactement de productrice : Sylvia Robinson, Sylvia commence comme chanteuse encouragé par son producteur de mari. Elle obtient un petit succès en 1956 avec “love is strange” qu’elle chante avec son professeur de guitare de l’époque , elle aura un autre succés début années 70 avec “pilow talk”.



Puis elle se lance dans la production avec son mari. Malheureusement à la fin des années 70 la boite est pratiquement en faillite. Un soir elle se rend a la fête d’anniversaire de sa nièce, là bas elle entend un certain Lovebug Starki qui balance au micro :


“I said a hip hop,
The hippie to the hippie
The hip hip a hop, and you don’t stop, a rock it
To the bang bang boogie, say up jump the boogie…”


Là c’est le déclic, elle doit faire un disque avec ça. Elle va donc voir Lovebug Starki et lui fait part de son projet, il refuse, le hip hop c’est juste pour les soirées et il ne veut pas faire de disque (ah le con). Sylvia bien décidé à faire ce disque demande à son fils de trouver un rappeur dans le New Jersey. Il en trouve un dans une pizzeria, un certain Henry Jackson un rappeur du Bronx qui y travaille.

Le Crispy Crust Pizza de New Jersey.

Sylvia se rend là bas, écoute Henry, mais aussi deux autres jeunes qui étaient là : Guy O’Brien et Michael Wright.
N’arrivant pas à les départager elle les engage tous, leur donne le nom de Sugar Hill Gang et seront connu sous les pseudo de Big Bank Hank (Henry), Master Gee (Guy) et Wonder Mike (Michael).
Sur un sample de Good Times de Chic (sans crédité au départ les compositeurs Nile Rodgers et Bernard Edwards) et quelques paroles de Lovebug Starki le disque sort.



Le couplet de Big Bank Hank est aussi sujet à contreverse puisqu’il a piqué les vers à GranMaster Caz MC du groupe Cold Crush Brother (qui se nommait alors Casanova Fly) :

“Check it out, I’m the C-A-S-A, the N-O-V-A,And the rest is F-L-Y,You see I go by the code of the doctor of the mix,And these reasons I’ll tell you why.”


Il ne fut jamais rétribué pour le morceau et dit aujourd’hui mi ironique mi amer que les rimes piqués par Hank se terminaient par : “Ne te fais pas piquer des rimes par un rappeur”.
Loin de ces débats le disque est un énorme succés international, le morceau passe en boucle à la radio et le groupe fera des premières parties même en europe.



The message : l’underground reprend les rennes.

Le succès de Rapper Delight, ne réouji pas les acteurs du hip hop. Il ne convaint pas les puristes au niveau qualitatif et pour d’autre les paroles ont été simplement volées. De plus la réussite du disque a ouvert la porte à des productions plus ou moins réussites faites par les majors.


Loin de tout ça Afrika Bambaataa grâce à un ami peintre Fab 5 Freddy et par l’intermédiaire de l’artiste Keith Haring, entre dans les soirées punk et new wave de Manhattan.

Oeuvre de Keith Haring.

Là il se permet de passer d’autres disques que ceux des fêtes du Bronx et il en découvre d’autre. Et le premier disque de Bambaataa sera majoritairement influencé par le son New Wave et notamment le groupe electro allemand Kraft. Planet Rock, c’est le titre de ce morceau qui en ce début des années 80 encre le hip hop comme la musique du futur. La structure du morceau reprend donc 2 titres de Kraft et un de Captain Sky. Le disque a un succés d’estime mais pas aussi retentissant que le Rapper Delight.


A Manhattan un autre DJ perce dans ces soirées : GranMaster Flash. Il y croise une star international qui craque pour ce nouveau style de musique : Blondie. L’interprète de Heart of glass et Atomic décide de faire une chanson sur Flash, ce morceau Rapture, fait connaitre GranMaster Flash du grand public.


Mais Flash et le groupe Fanstatic Five ramène tout le monde dans le gettho avec le disque The Message. En pleine années Reaganiennes alors que le crack fait son apparition dans les banlieux, The Message pose juste un constat, un état des lieux.
Mel Me le principal artisan du morceau raconte que le titre a été influencé par Stevie Wonder : living fot the city.


Le disque sera un succés autant commercial que critique en étant le premier morceau de rap obtenant 5 étoiles dans Rolling Stone Magazine.

Un enfant naît sans état d’esprit

Aveugles aux voies de l’humanité

Dieu te sourit mais il fronce les sourcils aussi

Parceque seul Dieu sait ce que vous traverserez

Tu grandiras dans le ghetto vivant de second ordre

Et tes yeux chanteront une chanson appelée haine profonde

Les endroits où vous jouez et où vous restez

On dirait une très grande ruelle

Vous admirerez tous les bookmakers

Les voyous, les proxénètes et les pousseurs et les grands faiseurs d’argent

Conduire de grosses voitures, passer des années vingt et des dizaines

Et tu veux grandir pour être comme eux, hein

Traduction d’un extrait de The Message.

Mais nous somme en amérique et derrière l’authenticité de ce poême urbain se cache une autre histoire, Flash ne sert que de prête nom et n’a jamais participé à la conception du morceau, et ce titre qui après Rapper Delight devait ramener le rap à ses racines est produit par Sylvia Robinson la prodructrice de Rapper Delight, la boucle est bouclée.



Les 3 premiers 45 tours hip hop de l’histoire sont tous différents les un des autres , et montrent que le rap ne pose aucune limite.
Les années 80 ne font que commencer, elles sont considérées par beaucoup comme l’age d’or du hip hop américain, avec un point névralgique : New York.


Prochain épisode : New york la mecque du Hip Hop.


Sources :

Vices.com

Documentaire Netflix : Hip Hop Evolutions

Wikipedia