
L’idée me taraude depuis longtemps. C’est peut-être le reportage de Hervé Mathoux qui a été un révélateur. Je me suis dit là où il fait l’autruche, il faut que d’autres regardent. “La passion a toujours raison”. Cette idée m’animait à 20 ans. Je ne savais pas que cette idée servait à me vendre des pompes, des maillots et toutes les merdes possibles. L’idée est de prendre les mensonges, les non-dits, les hypocrisies pour briser une idée reçue : Le football est le miroir de la société. Le football est un moyen de manipuler la masse et cela dès le plus jeune âge. A travers plusieurs articles, si vous en avez envie, on verra comment il permet d’imposer l’idéologie de l’ordre établi sans en avoir l’air.
Pour celui-ci, je vais vous montrer comment on distille une idéologie… Je n’aime pas trop le dire comme cela, ça fait très professeur. Prenez-le plutôt comme une passe qui se veut décisive. Après à vous de voir ce que vous en faites.. Le plus important est de faire cogiter et même de penser contre.
Je me suis servi de l’édito de l’Equipe sur les salaires des joueurs de cette année contrairement à la une :

Les salaires des joueurs : trop de transparence ?
Je ne suis pas contre l’idée de la transparence quand elle permet une meilleure analyse. Malgré ce qu’on vous dit, ce que vous essayez de croire, le foot, c’est l’argent. Le maillot, c’est pour nous. Enfin, nous sommes sans doute les derniers spécimens de supporters. En réalité, c’est le nerf de la guerre. Le produit se vend mieux, si le spectateur croit encore que c’est du sport avec la kyrielle de bienfaits qu’on lui attribue.
Un article sur les salaires de la L1 est tout à fait légitime, comme le classement Forbes des fortunes. L’argent permet de comprendre l’alpha et l’oméga du foot, mais aussi comment tourne le monde. Il est donc logique que pour bien le comprendre, il faut avoir des chiffres. Pour moi, cet article annuel de l’Equipe n’est pas populiste comme on peut le voir souvent qualifié.
C’est parti. Bienvenue dans l’entreprise sportive d’aliénation la plus populaire du monde.

« Huit joueurs à au moins 1 million d’euros de salaire brut mensuel dans un club qui, au passage, comptait au dernier recensement 778 salariés »
« Au passage ».
C’est quoi le rapport ? C’est que huit millions d’euros pour 8 personnes au passage, c’est presque 800 salariés de l’autre. Évidemment, la théorie du ruissellement se cache derrière le « au passage ». C’est exactement la même école qui justifie fin de l’impôt sur la Fortune.
En réalité, les deux informations n’ont aucun rapport. Je ne vous cite pas le nom du club, mais on voit aussi comment le journal pondère une information qui peut choquer.
je pense que les intérimaires, les stagiaires, sont comptés dans les salariés. Quitte à en parler, on aurait aimé connaître le salaire moyen des 778 employés . D’un point de vue de la démonstration, il parle de salaire, donc cette information aurait un sens, une mise en abysse ou simplement une échelle de mesure.
C’est un argument massue bien connu que l’on retrouve chez tous les 1% « Oui, mais j’emploie du monde ».
Et cette idée, elle est partout.
Et on la retrouve distillé habilement dans cette introduction avec ce
lien farfelu entre les billionnaires et le nombre d’employés.
On entend souvent l’argument connexe « Combien un footballeur fait vivre de personne ». La Ligue estime même ce chiffre..

« Fait vivre ».
Donc, comme il « fait vivre », il est légitime de payer un mec un million par mois. Et cette idée s’intègre dans les cerveaux et je suis certain qu’ici même, il y en a ici qui se dise « bah oui ».
Les gens ne savent pas comment fonctionnent une entreprise et pour beaucoup, ils ont assimilé un discours de servitude… Si demain, moi, j’emploie une personne, ce n’est pas pour la faire vivre, mais c’est pour créer plus de richesse dont une partie lui sera allouer pour le temps et le talent qu’il va m’offrir. Il se fait vivre tout seul en me vendant sa « force de travail ». Évidemment, le prix que je vais payer sera pondéré par le marché. Il faut bien expliquer que le smicard a un temps de vie qui coûte moins cher qu’un mec qui court après un ballon. Ca, ce sont les faits. Le reste c’est des théories économiques qui justifient le fait que x va manger des pâtes toute sa vie et que monsieur Y roulera en Bugati… Par contre, il faut absolument que x puisse se justifier cet état de fait pour ne pas remettre en cause cette réalité, cet ordre établi. Le mieux, c’est qu’il pense que son entreprise le fait vivre. Jouez à un jeu autour de vous et lancez l’idée. Vous allez être surpris comme cette théorie est prégnante. Et elle est d’autant plus chez les “patrons”. C’est leur judo à eux avec le fameux ” moi, je prends des risques”.
Et c’est là où on voit que d’instinct, les gens voient bien qu’ils se font enfler, parce qu’il faut toujours justifier et légitimer cet ordre établi. Surtout en France. Culturellement, cela s’explique. Le football banalise et blanchit cette situation et donc de simple miroir, il passe à acteur idéologique. Il inculque à nos enfants ces dogmes.
Dans les commentaires, de ceux qui justifient des salaires en millions; on voit toujours cet argument : « ca fait rentrer des sous dans les caisses de l’État »..
C’est le stade supérieur.. J’imagine que cela vient d’ado qui ne savent pas encore ce que signifie payer des impôts. Le PSG s’enorgueillit même des impôts qu’il paye selon lui.. Vous le faites vous dans vos repas de famille :
« Moi, je paye x impots tous les ans, alors, ne venez pas me critiquer. »
Primo, il paye moins d’impôts que nous en proportion puisque la loi sur les « rapatriés », renforcée à l’aurore du Brexit par Macron, défiscalise une grande partie des salaires des joueurs venant de l’étranger jusqu’à 10 ans. De plus nous savons très bien que cette catégorie sociale est la spécialiste de la défiscalisation et du célèbre ” c’est pas moral, mais c’est légal”.
L’Équipe ment par omission. L’Équipe n’évoque jamais l”fiscal bipartie entre la France et le Qatar. C’est quand même important quand on évoque ce sujet et que l’on donne le calcul pour passer du brut au net.. En vérité toute une partie de contrat bilatéral est secret. Si on met cette spécificités pour le PSG, qui est tout à ait habituelle entre Etat, tous les clubs français bénéficient de niche fiscale. Moi qui suis curieux, j’aimerais savoir combien ils payent vraiment et combien ils devraient payer sans ses niches pour millionnaires du ballon rond? Alors l’Equipe ?

« Le Paris-SG pourrait-il attirer tous ces talents s’il ne payait pas si bien ? Et ces gars-là, regardés avec envie par l’Europe entière, resteraient-ils à Paris, dans un Championnat sans grande passion ni réel intérêt, joué et gagné d’avance, s’ils ne voyaient pas leurs conditions régulièrement revues à la hausse ? »
Là, il y a le nom du club, mais changez le nom par l’entreprise x qui fait du chantage à l’emploi, le grand patron et son parachute doré… C’est exactement la même chose. La servitude volontaire justifiée par le marché..
Ce n’est pas important. Le journaliste indépendant, parangon de l’éthique, défend donc ouvertement ces salaires parce que c’est .. Le marché. Il n’y a donc pas le choix. C’est la Loi du Marché. On dépasse le foot. Le foot n’est plus le miroir, mais un outil de propagande qui sert une idéologie.
Ça va encore plus loin si on gratte l’idée. On est tellement de la merde, nous les pauvres – pour le coup, ce sont les autres clubs – que c’est de notre faute si le PSG doit les payer aussi cher et on n’est pas loin de devoir les plaindre. On devrait être reconnaissant.
La reconnaissance… De l’esclave au maître, du chien au maître, de l’ouvrier au patron, du foot français au Qatar. Cet article nous explique cela. Les lynx expliquent cela sans cesse dans les commentaires.
Quand on entend à satiété « les Français n’aiment pas les riches » ou la presse sportive dire à propos de ceux qui ne sont toujours pas à genoux devant le sauveur Qatari « les français n’aiment pas ceux qui réussissent » ?.
C’est la même doctrine. Le bas peuple doit regarder la classe supérieure en l’admirant, comme une source d’inspiration, et à défaut de pouvoir l’égaler, il faut la servir. La servitude est sous-jacente à cette doctrine qui se cache dans ses petites phrases anodines. Là encore, ce n’est que du football, mais il sert un discours, une philosophie.
Le vocabulaire de l’intime « ces gars-là »
On voit la distinction – j’allais dire la dichotomie, mais j’ai pensé à Sam – entre Paris et le reste de la France ? En plus de la soumission, il faut plaindre les puissants. Personne ne les aimes ! L’utilisation du ” « ces gars-là » est assez énorme. Il faut les plaindre. À force, les pauvres qataris sont obligés de coller une bande tricolore pour rappeler que Paris n’est pas au Qatar… Là aussi, vous ne voyez pas le braquage du symbole ?
«”Il y a six mois, Steve Mandanda, Dimitri Payet, Kevin Strootman ou Valère Germain étaient « bien trop payés pour ce qu’ils faisaient », vu du comptoir et de la rubrique. Doivent-ils toujours être montrés du doigt depuis que l’OM est vissé à la deuxième place, quand bien même leurs revenus imposants seraient un frein à l’expansion économique du club .”
Cela veut dire quoi ? Çà veut dire que si tu critiques leurs niveaux de salaire, tu te places au niveau du comptoir. Vous me direz « le journaliste inclut sa rubrique . C’est une technique rhétorique très simple : incluez-vous dans ce que vous critiquez. Çà désamorce les attaques argumentum ad personam et cela montre votre modestie tandis que votre interlocuteur va plus vous écouter, car il pense que vous êtes comme lui. C’est parfois un peu salissant, mais ça permet de toucher les gens.

La dernière question est amusante, car elle induit sa réponse. Je dirais « oui ». Pourtant en utilisant le « montrés du doigt », il dit implicitement que ce n’est pas bien. C’est mal de montrer du doigt. Tout le monde le sait. C’est impoli.
En plus d’être du comptoir, si on insiste, on est de ceux qui « montrent du doigt ». On sort du football et on pense à tous les salauds qui critiquent les salaires des patrons sans parler des 1%. Ceux qui montrent du doigt !
« La L1 n’est déjà pas fameuse, sur le plan du spectacle, mais que serait-elle sans quelques-uns de ses joueurs les mieux payés : Memphis Depay, Dimitri Payet et la majorité des Parisiens ? «
Allez, cette fois, je pense qu’on va aller se fouetter avec des cagoules noires pour faire pénitence et pour ceux qui aiment vraiment cela, le fucking Blue Boy est une franchise porteuse. Ca ne vous rappelle pas le discours de Macron ? Qu’est-ce que serait la France, sans les premiers de cordée ? Ce sont les questions qui n’attendent pas de réponse, car la réponse va de soi. Et quand dans une argumentation, l’orateur vous envoie un argument qui va de soi, c’est jamais bon. Rien ne va de soi.
Çà serait quoi la L1 sans star ? Moins de spectacles ? Est-ce que le foot est un sport ou un spectacle. En une phrase, l’auteur utilise des arguments qui vont de soi, mais en fait pas du tout si on les questionne. L’idée, c’est que pour le spectacle, on peut sacrifier l’éthique. Et le spectacle, c’est du plaisir. L’idée est donc que pour ton plaisir, tu peux sacrifier l’éthique, l’environnement ou la vie d’un mec sur une lointaine chaîne de montage.

On retrouve le « show must go one » de Queen, totalement détourné. Cette chanson parle du sida et du combat, pas du spectacle en lui-même et du business. C’est quoi le spectrale dans le foot ? C’est le foot business. La conclusion, c’est qu’on explique que pour faire du business, on doit marcher sur l’éthique, car c’est la loi du marché.
On en revient toujours au même et si on ose questionner cette Loi, se demander pourquoi on devrait être heureux de se faire marcher sur la gueule tous les samedi, on est du comptoir, on montre du doigt, salaud que nous sommes. Finalement, pourquoi un club comme ce PSG arrive à trouver des supporters partout dans le monde ?
Il permet la frustration des gens qui se font écraser toute la semaine, d’écraser un petit toutes les semaines… Et c’est normal, c’est la loi du marché. Je parle des nouveaux supporter, pas des anciens qui ont les cicatrices d’un vrai club de foot.
Évidemment, je vous attends dans les commentaires pour développer des points. Sachez que j’ai un million d’ exemple sous la main. Vous me direz peut-être que c’est pareil pour tout. Évidemment, quand on voit le journal de F2 ou 80% des reportages sur les gréves sont sur les conséquences pour les pauvres commerçants.. Jamais, pas une seule fois, j’ai entendu un reportage qui expliquait que le malheur des ses gens venaient du Gouvernement et de sa loi..